Pourquoi les crises reviennent toujours ? Krugman nous l’enseigne

L’économie est dite cyclique. Elle suit une trajectoire ondulatoire, passant par toutes les phases caractéristiques du cycle économique (Essor, expansion, pic -> surchauffe, récession, dépression, reprise …). Ainsi, le monde économique se définit par cet enchaînement de phase inarrêtable et constamment répétitif.

La question sous-jacente au cycle économique est de se demander ce que nos sociétés retirent de ce mécanisme.  La réponse se résume dans le fait que le cycle économique n’est pas à moyenne constante dans le temps. Il existe une tendance, un trend croissant, qui à chaque épisode d’expansion nous fait atteindre un nouveau pic jamais atteint auparavant. Les sociétés modernes ne s’intéressent donc pas au cycle en lui-même mais à ce qu’il permet de créer en terme de surplus, autrement dit la croissance. Elles ne raisonnent donc pas en terme de stock déjà acquis mais en terme de supplément, c’est la variation, le delta (supplément de création induit par l’activité économique an sens général) .

Une fois le cadre posé, il devient plus limpide de comprendre le caractère récurrent des crises. La machine économique se montre parfois déraisonnable lorsqu’elle est à la poursuite de croissance.

Au sein de son livre « Pourquoi les crises reviennent toujours » Krugman met en lumière quatre raisons principales expliquant le caractère chronique de ces dernières.

 

  • Troubles de la mémoire.

 

Si il y a une bien une chose que la vie enseigne, c’est que chuter n’est d’aucune gravité, l’important est d’en tirer les enseignements nécessaires afin de ne pas reproduire la même chute. En économie cette vérité est centrale, se tromper n’a aucune espèce d’importance, en revanche l’effort collectif de réflexion doit s’orienter vers la pensée de solutions indispensables à mettre en place pour que ces mêmes problèmes ne réapparaissent pas.

Malheureusement l’histoire économique tend à montrer que les sociétés sont parfois atteintes d’amnésie. Les différents gouvernements, institutions ou autorités trahissent quelques fois cruellement leur devoir de mémoire.

Flashback en 1929 où la Fed eu mené une politique monétaire désastreuse en augmentant son taux d’intérêt directeur et faisant plonger l’économie dans la « Grand Dépression », l’analyse lucide voudrait qu’une telle erreur ne se reproduise pas, hors cela fut pleinement le cas au sein de la Zone Euro en 2011 lorsque la Bce réaugmenta son taux directeur accentuant considérablement la crise des dettes souveraines.

 

  • Minimisation et sous-évaluation du risque.

 

L’un des biais psychologiques les plus dangereux prend forme dès lors qu’un objectif devient prédominant à un tel point que le risque encouru afin d’atteindre cet objectif est considérablement minimisé.  Il est alarmant mais nécessaire de saisir que ce biais est constamment présent au sein du système économique et financier.

L’une des références les plus parlantes est certainement la crise mondiale de 2008, ayant pour source un excès d’endettement privé doublé d’une bulle immobilière. Rétrospectivement, en se plaçant en 2005-2006, les autorités constataient l’existence de plusieurs sources de risque que ce soit au niveau financier, au niveau de crédit … Hors la prise de conscience a été considérablement amoindri par la sous-évaluation du risque réel.  Finalement en se plaçant ex post,  l’économie ne réalisait pas pleinement la surchauffe qu’elle était en train d’alimenter ni le risque de l’impact réel que pouvait avoir une crise à ce moment donné. Cela permet de mettre en lumière le caractère limité de l’analyse du risque, en effet les précautions prises lors de l’analyse de source de risque dans le système sont trop souvent insuffisantes. Cet écart d’approximation entre le risque réel encouru et le risque théorique anticipé est une l’une des raisons de cette répétition de crise.

 

  • Insuffisance de normes prudentielles

 

L’intelligence économique a permis de réfléchir à d’éventuel garde-fou ayant pour objectif de jouer un rôle de prévention. Il est assez sain de penser que de multiples normes prudentielles permettraient d’assainir la machine économique et principalement de ne pas laisser des sources de risques s’auto-alimenter et proliférer. Le comité de Bâle est l’exemple typique et représentatif de telles mesures, les accords de Bâle 1 et 2 sont des normes microprudentielles tandis que Bâle 3 cible davantage le niveau macropudentiel avec l’idée sous-jacente de lutter contre le risque systémique.

L’objectif sous-jacent est de lutter contre 3 phénomènes :

  • Too big to fail renvoie au fait qu’une institution financière considérée comme majeure au sein du système sera sauvée en cas de défaut par les gouvernements ou autres institutions car son écroulement entraînerait une partie considérable du système avec elle.
  • Too many to fail désigne une situation où un nombre trop important de banques sont en faillite pour les laisser s’écrouler.
  • Too connected to fail, exprime la notion même de risque systémique, c’est précisément une situation où une banque est trop connectée aux autres (elle est trop systémique), sa faillite impacterait trop de banques pour la laisser s’effondrer.

 

  • Les erreurs de politiques économiques et manque de coordination

 

Un retraçage historique permettrait de mettre évidence les choix parfois inappropriés des décideurs en terme de politiques économiques. Plusieurs raisons peuvent être à l’origine de ces choix peu judicieux : déséquilibre géopolitique, trouble diplomatique,  décideur appartenant à une famille politique étant obligé de séduire son électorat, montée du populisme nationale … Tant de causes pouvant mener à des erreurs d’orientations économiques, alimentant par ailleurs, le risque de crise.

De plus, ces choix de politiques économiques peuvent dégrader de manière brutale la situation économique, non pas parce que ces choix sont mauvais en eux-mêmes mais parce qu’ils génèrent un manque total de coordination au niveau régional et mondial qui peut se révéler extrêmement néfaste.

 

Anthony Morlet 

 

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