Après la prépa, le blues : témoignages – 1 ère partie

Témoignage de Roxane Gueguen (hypokhâgne – khâgne B/L)

 

« J’admets avoir pleinement ressenti le blues post-prépa »

 « Alors, par où commercer ?

Peut-être expliquer qu’après le BAC, je suis directement entrée dans la prépa B/L de mon lycée. Je qualifierais volontiers cette classe de petite prépa de province sans grande prétention. Pour rappel, la B/L – littérature et sciences sociales regroupe des cours de philosophie, littérature, langues vivantes, en plus de l’économie et les sciences sociales, avec la particularité d’enseigner également des maths (algèbre) à un niveau Maths Sup/Maths spé.

Je dois dire que je n’ai pas vécu mes deux années de prépa comme un traumatisme. Certes, le rythme et la quantité de connaissances à apprendre (et retenir) étaient importants. Pourtant, j’appréciais le dynamisme et la qualité des échanges entre élèves et enseignants ; la proximité et l’émulation qui existaient au sein du groupe d’élèves restreint (15 étudiants en KH).

Bien évidemment, nos cours n’avaient aucune valeur professionnelle, sauf pour ceux qui souhaitaient devenir enseignant. Or cela nous importait peu, la majorité des élèves de ma classe visait alors les concours, en grande partie les IEP.

Pour ma part, j’ai passé deux fois les concours des IEP, que j’ai eues à deux reprises. En effet, à la fin de la HK, j’ai réussi le concours de première année. Mais persuadée de réussir à nouveau le concours à la fin de la KH, je préférais continuer et compléter mon cursus prépa. Ce qui se produisit.

Ainsi, me voilà intégrée à Sciences Po Toulouse comme « 2A nouvelle entrante ». Hormis la distance par rapport au foyer familial et le nombre de nouveaux éléments et/ou contraintes auxquels je devais faire face, un sentiment d’ennui profond s’installait. En effet, je me souviens avoir été choquée – non étonnée, choquée – de la quantité d’heures inscrites sur mon emploi du temps. Entre la KH et la 2A, on divisait par 2 mes heures de cours.

Aussi, les matières de la 2A reprenaient presque entièrement les connaissances que j’avais accumulées au cours de mes deux années de prépa. Donc, je me rendais en cours simplement pour faire acte de présence, sans grande curiosité ou envie d’apprendre. Ces deux motivations avaient pourtant animé mon cursus préparatoire. Je précise, aussi, que mon assiduité en amphi n’était pas optimale.

Donc, pour terminer mon développement, j’admets avoir pleinement ressenti le blues post-prépa. Autant au niveau du rythme des cours que du contenu des programmes. Ici je ne souhaite pas être dédaigneuse vis-à-vis des IEP. Pour autant, l’expérience vécue en classe prépa – à mon sens – fait naître une envie d’apprendre et cultive une rapidité de réflexion telles chez ses étudiants qu’une fois les deux années finies, ils n’ont pas d’autre choix que se retrouver démunis face aux études supérieurs dites traditionnelles. »

Vous pouvez retrouver le profil LinkedIn de Roxane ici :

https://www.linkedin.com/in/roxane-gueguen-1b9845112/


Témoignage d’Elisabeth (hypokhâgne – khâgne A/L)

 

« Je n’ai jamais vraiment ressenti de blues post-prépa »

 « Ces deux années, c’était une expérience intense, très enrichissante, mais avec plusieurs points négatifs également. On va dire que j’ai essayé d’en retirer le meilleur et de ne pas trop m’encombrer avec le pire. Au bout de deux ans, il était temps de passer à autre chose. Je ne voulais pas l’ENS, j’avais l’impression d’avoir fait le tour de l’expérience prépa, je suis plutôt du genre curieuse et je voulais tester un nouvel environnement.

Après de VRAIES vacances, j’ai donc basculé en l3 d’histoire, et j’ai adoré cette année. Je découvrais une nouvelle manière de travailler et d’apprendre, l’université, qui n’était peut-être pas parfaite certes, mais me permettait d’appréhender de nouvelles méthodes et de développer des compétences différentes. J’arrêtais enfin d’avoir cette impression de vivre en vase clos : penser prépa – parler prépa – rêver prépa. Ce vase était rempli de plein de choses géniales d’accord, mais je n’ai à aucun moment regretté d’en être sortie et de ne pas avoir cubé, parce que ce départ m’a ouvert les yeux sur énormément d’autres choses très chouettes. Niveau cours, après avoir profité de la pluridisciplinarité en prépa, je pouvais à la fac me concentrer à fond sur ma matière de cœur, passer des heures si j’en avais envie sur des sujets géniaux (du genre la noblesse russe à l’époque moderne, avouez ça vous fait rêver) et sécher des cours si je voulais dormir ou partir en vadrouille hum. Niveau vie extérieure, je pouvais faire beaucoup plus de choses en dehors des cours, découvrir et profiter de la ville dans laquelle je venais de passer deux ans sans vraiment la voir, vraiment passer du temps avec les gens qui m’entouraient.

Bon, forcément, juste après avoir arrêté la prépa, j’ai ressenti un petit décalage, mais ce n’était pas du blues, c’était plutôt un … manque d’habitude : « mais… que faire de tout ce temps libre ?! ». Mais il ne m’a pas fallu longtemps pour me rendre compte qu’on peut faire un milliard de choses quand on a du temps libre, que ce soit voir des gens, se promener le nez en l’air ou apprendre une nouvelle langue, même lire des livres de philo si on en a envie, donc franchement, non, pas de blues. »

 


Témoignage de Marie (hypokhâgne – khâgne A/L)

 

« J’aimerais dire que non, je n’ai pas eu de blues post-prépa tellement je suis contente de ne plus y être, je dois avouer… »

 « Je dois avouer que le mois de juin après la khâgne a été assez difficile : je me sentais complètement désœuvrée. Bah oui, en deux ans on a le temps d’oublier ce que c’est, que d’occuper de manière plaisante son temps libre. Je me suis ainsi retrouvée à tourner en rond, et par la même occasion à ressentir toute la fatigue accumulée (ça m’a poursuivi bien plus longtemps que le blues), ce qui a accentué mon désœuvrement car je n’avais pas la force d’entreprendre quoi que ce soit. Ce que j’ai connu comme blues c’était ce moment de désœuvrement complet et d’impression de vide, face à des journées que plus personne ne remplissait pour moi à coup de dissertations ou de livres à ingurgiter.

Mais bon, ça n’a pas duré trop longtemps. Une fois venues les grandes vacances avec ma famille, après avoir changé de ville et d’environnement, tout est allé beaucoup mieux. En effet, je n’ai jamais ô grand jamais ressenti de nostalgie par rapport à la prépa, mais un immense soulagement d’avoir terminé. Ce qui fait que j’étais plutôt heureuse. Et que passé les premières semaines le blues n’a plus eu sa place. »

 

Propos recueillis par Paul Mathieu

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