(6) Métier éco – Pierre Aldama, enseignant-chercheur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheur affilié à l’OFCE

1/ Quel métier exercez vous actuellement ? Avez-vous une spécialité ?

Ayant récemment soutenu ma thèse de doctorat, je suis actuellement enseignant-chercheur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, en tant qu’Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche (ATER). J’y enseigne principalement en premier cycle universitaire en macroéconomie et économétrie. Le reste de mon activité est dédié à mes activités de recherche.

Je suis également chercheur affilié à l’OFCE, au sein du Département des Etudes, où je collabore notamment aux questions de macroéconomie budgétaire et d’économie européenne.

Mon domaine de spécialité porte principalement sur les questions de politique budgétaire et de soutenabilité des finances publiques, en macroéconomie. Mais j’ai un intérêt marqué pour les questions de macroéconomie théorique, de macroéconométrie appliquée et de politique économique.

 

2/ Pouvez-vous nous décrire une de vos semaines de travail ?

Mes semaines de travail sont généralement très variées. Il y a bien sûr ma charge d’enseignement qui représente en moyenne deux à trois jours de travail par semaine, en comptant la préparation des cours, la correction des copies et les tâches administratives.

Les journées dédiées exclusivement à la recherche sont assez variées. En temps normal, mes journées consistent principalement à faire un travail de veille, repérer les derniers articles relatifs à mon champ de recherche, suivre l’actualité macroéconomique mais également participer à des séminaires de recherche (à PSE, à l’OFCE, etc.).

Lorsque je suis en pleine phase de production et de rédaction, les journées sont généralement plus longues et plus denses. Je passe alors le plus clair de mon temps sur des logiciels de calculs ou d’économétrie à « coder » pour simuler ou estimer un modèle après l’avoir résolu « à la main » ou alors à rédiger mes articles de recherche.

 

3/ Quelle a été votre formation ?

Après mon Baccalauréat série ES, j’ai intégré une hypokhâgne B/L (Lettres, mathématiques et sciences sociales), afin de préparer les concours des Ecoles Normales Supérieures (voie Sciences Sociale) mais également de l’ENSAE et de l’ENSAI.

Au terme de trois ans de CPGE B/L, j’ai finalement intégré l’ENS Cachan (désormais ENS Paris-Saclay) au sein du Département de Sciences sociales. J’y ai suivi divers cours en sciences sociales : sociologie, économie et histoire, et obtenu deux licences, en sciences économiques (à l’Université Paris 1) et en sociologie (à l’Université Paris 4).

Je me suis ensuite spécialisé en économie, au sein du Master Economie Théorique et Empirique de l’Université Paris 1, intégré à Paris School of Economics (le Master ETE a depuis fusionné avec le Master APE de PSE). Enfin, j’ai obtenu un contrat doctoral de l’Université Paris 1 à la fin de mon Master, afin de poursuivre mes études en doctorat à PSE.

 

4/ Quelles ont été les difficultés rencontrées pendant votre formation ? 

En matière d’orientation, les bons masters « recherche » sont généralement bien identifiés, et probablement parce qu’ils ne sont pas très nombreux. Les principales difficultés que j’ai rencontrées étaient davantage liées à la préparation d’un cursus recherche en économie : comment bâtir son projet de recherche ? Comment choisir son directeur de mémoire, puis directeur de thèse ? Il est généralement difficile d’identifier les professeurs et chercheurs susceptibles de nous encadrer sur les thèmes de recherche qui nous intéressent.

Il arrive parfois que la proposition de recherche provienne directement d’un professeur ou chercheur, ce qui facilite généralement le lancement d’un projet de recherche. L’étudiant de master ou le jeune doctorant bénéficie alors de l’expérience de son encadrant pour identifier la littérature importante, les questions toujours ouvertes, les opportunités de publication future. Généralement, une idée de recherche originale découle assez naturellement sur plusieurs articles de recherche susceptibles de constituer une bonne thèse d’économie.

Trop souvent au contraire, les doctorants et étudiants de Master se retrouvent seuls durant leurs premiers mois de recherche, et peuvent perdre un temps précieux à identifier les questions et problématiques dignes d’intérêt. Entre doctorants, les plus âgés (inscrits en 3ème, 4ème voire 5ème année) réconfortent généralement les jeunes doctorants déboussolés durant leur 1ère année de thèse, perdus dans la littérature (extrêmement abondante) sans parvenir à proposer une question de recherche originale.

Le plus grave est, me semble-t-il, qu’une grande partie des encadrants et directeurs considèrent que c’est un mal nécessaire, étant eux-mêmes déjà « passés par là ». Pourtant, l’efficacité et la réussite des doctorants plus solidement encadrés (qui parviennent plus souvent à boucler leur thèse en trois ans avec trois articles de recherche potentiellement publiables) devrait, je pense, interroger les responsables des formations doctorales.

J’ajouterais pour finir que la réponse qui est apportée à ces difficultés tend plutôt à imposer des contraintes supplémentaires sur les doctorants comme si ceux-ci étaient des dilettantes (!) sans jamais chercher à optimiser l’encadrement doctoral…

 5/ Pouvez-vous nous parler un peu de la transition entre la fin de vos études et l’entrée dans la vie active ?

Je viens tout juste de soutenir ma thèse, le 15 décembre dernier. Je suis toujours enseignant-chercheur jusqu’en août prochain. Je candidate pour l’instant à différents postes : économiste en institution (par exemple : OCDE, BCE, Banque de France), contrat de chercheur postdoctoral, « Ph.D. traineeship », etc.

Ce que je trouve assez paradoxal, de ma propre expérience, c’est que de nombreux recruteurs (en France) considèrent encore que le doctorat ne constitue pas en soi une expérience professionnelle. Au fond, pour certains postes, il vaut mieux parfois avoir choisi d’enchainer des CDD d’économistes dans le secteur public ou privé, plutôt que d’avoir effectué une thèse de doctorat, durant laquelle on peut acquérir des compétences techniques poussées en modélisation ou en économétrie.

Quelque part, je peux comprendre la frilosité de ces recruteurs, mais cependant je me demande s’ils sont au courant qu’un doctorant sous contrat ne peut théoriquement pas accepter un stage long (rémunéré), pas plus qu’un « Ph.D. traineeship » sans demander une autorisation de cumul à son université –autorisation qui est rarement accordée, par ailleurs. Pourtant le contrat doctoral est censé permettre au doctorant de choisir parmi quatre missions : enseignement, diffusion de l’information scientifique et technique, valorisation des résultats de la recherche scientifique et technique, missions d’expertise…

 

6/ Avez-vous des conseils pour les étudiants qui voudraient exercer le même métier que vous plus tard ?

Premier conseil : restez au fait de l’actualité économique ! Le web regorge de blogs, sites spécialisés, pages de chercheurs, travaux en accès libre. L’utilisation de Twitter me semble également très appropriée pour suivre les débats économiques, dans la mesure où de plus en plus d’économistes de haut niveau y sont très actifs, diffusent leurs publications et débattent librement de leurs travaux.

Deuxième conseil : allez chercher le conseil des doctorants et jeunes chercheurs, ils vous guideront dans vos études de master, voire vous donner un coup de main sur des problèmes techniques !

Troisième conseil : ne soyez ni impressionnés ni méfiants vis-à-vis des mathématiques ! C’est un outil indispensable pour l’analyse économique, indiscutablement. Cependant elles ne peuvent jamais masquer des insuffisances de raisonnement ou des hypothèses aberrantes. Et peut-être plus important : elles ne font pas la qualité d’un économiste…

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