Conseil de lecture : Economix – La première histoire de l’économie en BD

Economix – La première histoire de l’économie en BD, de Guillaume Michael Goodwin et Dan E. Burr (première publication en 2012 puis revue et augmentée, aux éditions Les Arènes, 20€)

Bonjour à tous !☺
Aujourd’hui, je vais vous parler d’une bande dessinée, et non d’un livre classique. Rassurez-vous, on y parle quand même d’économie !

C’est en effet en utilisant le « neuvième art » que Michael Goodwin, l’auteur, et Dan E. Burr, l’illustrateur, ont souhaité raconter l’histoire des sciences économiques. Un pari qui semblait à l’origine un peu fou au vu de la complexité de la tâche. Finalement, on se rend vite compte, une fois quelques pages dévorées et plusieurs bulles avalées, que le jeu en valait la chandelle: on a entre les mains un ouvrage magnifique, drôle, mais aussi pédagogique puisqu’il rend les sciences économiques extrêmement compréhensibles. En bref, un régal, que je ne saurais vous conseiller d’acheter, pour vous ou vos proches, le PDF rendant la lecture moins dynamique que la BD elle-même.

La BD réussit dès les premières pages un véritable coup de maître : l’auteur explique pourquoi il lui semble important que tout le monde possède des notions économiques dès la première planche (cf. ci- dessous) et parvient à faire comprendre le colbertisme dès la suivante ou presque…

 

 

Vous l’aurez compris en voyant apparaître Malthus et Marshall aux côtés de Keynes et Marx : cette BD, si elle se veut pédagogique, ne se limite pas à donner deux-trois classiques bien connus du grand public. Au contraire, l’auteur puise dans de nombreux ouvrages économiques, historiques et politiques et explique ensuite les passages importants, preuves factuelles et sens du détail à l’appui.

Tous les grands économistes sont disséqués : la lecture plaira donc particulièrement à ceux qui sont férus de théorie macroéconomique. Smith, Ricardo, Keynes, Friedman et bien d’autres sont ainsi racontés à tour de rôle, toujours avec humour et précision.

Mais rassurez-vous si vous n’êtes pas en fac d’éco ou fan de théories macro, tout le monde y trouvera son compte : jamais les sciences économiques n’avaient été aussi compréhensibles et faciles d’accès qu’au sein de cette BD. L’humour et les illustrations y sont pour beaucoup, alors que les exemples historiques fournissent également de savoureuses explications.

Mes impressions :

         Les gros +

> Une BD sur l’économie, histoire de changer des cours d’amphi..

> Les sciences économiques compréhensibles et drôles: du (presque) jamais vu

> Un humour décapant et un point de vue, clair et pas forcément déplaisant

Le petit + qui pourrait être un gros – pour certains d’entre vous

> L’histoire des sciences économiques vue à travers l’histoire des Etats-Unis, un parti pris de l’auteur, américain donc

Un exemple de planche avec « le message oublié » d’Adam Smith (planche 29) :

Article écrit par Paul Mathieu

Une pensée sur “Conseil de lecture : Economix – La première histoire de l’économie en BD

  • 26 août 2017 à 14 h 53 min
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    Personnellement j’ai été plutôt déçu par l’ouvrage, que je troue assez orienté et limite sur un certain nombre de points. L’introduction donne le ton, en se plaçant dans un contexte visant à dénoncer une soi distante « science économique dominante » qui serait partiale, du coté des « riches » et qui se voudrait scientifique et mathématisée. L’ouvrage n’est pas commencé qu’on craint déjà le pire…

    La partie sur Smith illustre assez bien le parti pris des auteurs, qui sélectionnent les passages de la RdN pour « rallier » Smith à la critique du capitalisme et contre l’économie « dominante » de la livre concurrence. Pourtant la plupart des théories de Smith se retrouvent dans l’économie moderne.
    Un exemple assez emblématique est la partie sur Smith concernant le plafonnement du taux d’intérêt. C’est une idée qui est connue sous sa forme moderne comme la sélection adverse appliquée à la banque, théorisée par Stiglitz et Weiss : pour éviter l’asymétrie d’information (que Smith dénonce de façon implicite via les aventuriers) il convient de limiter les crédits (limitation en volume pour la version moderne, Smith propose lui de limiter le taux ce qui est insuffisant mais une bonne première approche).
    De même, les travaux récent d’auteurs comme Tirole sur la régulation des monopoles trouvent un écho particulier avec les écrits de Smith sur le sujet.

    A l’inverse, si l’ouvrage insiste bien sur le rôle que donne Smith à l’état, il oublie un peu étonnamment tous les passages de la richesse des nations où Smith critique l’intervention directe de l’état dans l’économie. On pourrait y voir du public choice avant l’heure.

    In fine, Smith à une position très proche des économistes modernes : une économie de marché concurrentielle, avec un rôle pour l’état pour les biens publics, et des débuts de réflexions très intéressantes sur de nombreux sujets. Avec en creux toutes les notions actuelles comme celle d’externalité (éducation), de capture du régulateur (célèbre citation sur la réunion des capitalistes au détriment des producteurs), ou encore d’asymétrie d’information (cf au dessus sur les taux d’intérêt).
    Et ceci, c’est la base de l’économie moderne, tout étudiant de L3 connait ceci et serait capable de le retrouver chez Smith. Faire croire que les économistes oublient cela chez Smith pour ne retenir qu’une concurrence libre sans règle via la main invisible illustre bien le parti pris de l’ouvrage, à croire que l’auteur n’a jamais rencontré un seul économiste.

    Au final, sous prétexte de ton humoristique et de pédagogie, on fini par présenter une vision fausse et partielle de l’économie qui à mon sens est plutôt nuisible au débat public que bénéfique. Et qui entretient le mythe rependu d’une économie au service des riches et des puissants.

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