(3) Métier éco – Christopher Dembik, responsable de la recherche économique pour Saxo Bank

1/ Quel métier exercez vous actuellement ? Avez-vous une spécialité ?

Je suis responsable de la recherche économique pour Saxo Bank, banque d’investissement danoise. J’avais été recruté d’abord pour l’entité française afin de couvrir la macroéconomie pour la France avant d’être promu au niveau groupe pour m’occuper, en général, des problématiques « Europe ». J’ai aussi une excellente connaissance du Venezuela, du fait de liens personnels avec ce pays, ce qui, à maintes reprises, s’est avéré utile dans le cadre de mes analyses.

2/ Pouvez-vous nous décrire une de vos journées de travail ? 

La journée de travail d’un économiste de banque dépend étroitement de l’évolution des marchés financiers. Il faut bien reconnaître qu’en règle générale les journées sont calmes. Elles commencent par la rédaction d’une note « marché » pour les clients accompagnée d’une vidéo qui permet de les guider en intraday. Le reste de la journée se résume à beaucoup de travail de recherche et d’analyse et à répondre aux demandes spécifiques de certains clients et de journalistes. Il y a bien évidemment des journées plus mouvementées comme le Brexit ou l’élection de Trump qui ont abouti à des nuits blanches. Ainsi, je me souviens avoir dormi à peine trois heures la nuit de l’élection présidentielle américaine de 2016 avant d’aller en plateau à Quotidien, de revenir au bureau pour écrire une note à nos clients, avant d’enchainer par des interviews médias et de prendre l’avion pour le Maroc où je devais intervenir à la COP22. C’est bien-sûr palpitant. Un vrai baptême du feu pour les novices.

3/ Qu’est ce qui vous plait dans ce que vous faites ?

L’indépendance au niveau de la recherche économique, qui est au cœur de l’ADN de Saxo Bank. Il y a très peu de sujets sur lesquels je n’ai pas le droit d’intervenir (notamment les banques françaises, ce qui est logique). En outre, j’apprécierai toujours le fait qu’on m’ait recruté alors que je faisais campagne pour les municipales. On m’a toujours permis de poursuivre ma carrière politique en parallèle et de prendre position sur des sujets un peu iconoclastes, comme le QE4PEOPLE (http://www.qe4people.eu). Par ailleurs, j’ai la chance dans mon rôle de continuer à tisser mon réseau professionnel, ce qui est vraiment un point essentiel que j’avais négligé au cours de mes études (erreur à ne pas refaire !) et, puisqu’il faut bien être concret et honnête, je suis bien rémunéré, ce qui est une caractéristique de Saxo Bank.

4/ Quel a été votre parcours scolaire / professionnel ?

J’ai obtenu un BAC ES mention Très Bien en province puis j’ai été admis à Sciences Po où j’ai obtenu un Master Affaires Internationales. A cette occasion, j’ai eu l’occasion de côtoyer des personnes qui ont eu une grande influence sur mon parcours comme H. Védrine et D. Strauss-Kahn. C’est pendant mon cursus à Sciences-Po que j’ai eu ma première « vraie » expérience professionnelle en intégrant à ses débuts une start up financière basée à Tel Aviv où j’effectuais ma troisième année à l’étranger. Ce fut ma première immersion dans les marchés financiers puisque nous nous adressions aux investisseurs privés francophones. J’ai accompagné ce projet palpitant pendant cinq ans. En outre, j’ai aussi travaillé à la Mission Economique de l’Ambassade de France en Israël et, pendant un court lapse de temps, pour une ancienne ministre de J. Chirac. Comme beaucoup de mes camarades de Sciences-Po, j’ai ressenti le besoin de compléter mon cursus afin d’être plus opérationnel sur le marché du travail en effectuant un MBA. Ma famille étant originaire de Pologne, j’ai souhaité renouer avec mes racines et l’effectuer à Varsovie à l’Institut d’Economie de l’Académie des Sciences où, là encore, j’ai eu l’opportunité de côtoyer de grands professionnels, comme l’ancien gouverneur de la banque centrale polonaise M. Belka. A mon retour d’Europe de l’Est, j’ai rapidement intégré Saxo Banque, où j’avais noué des contacts lors de ma période en start up. Ayant ressenti le besoin de m’engager, j’ai suivi en parallèle une carrière politique au niveau local, en étant tête de liste lors des municipales en 2014 dans le Puy-de-dôme (aujourd’hui conseiller municipal et conseiller communautaire) et en m’engageant ensuite derrière le candidat d’En Marche pour la présidentielle en participant au programme économique (sur les questions macroéconomiques).

5/ Avez-vous des conseils pour les étudiants qui voudraient exercer le même métier que vous plus tard ?

Je vais être très direct. Le coût d’un économiste pour une banque, dans un contexte de baisse de la rentabilité, est élevé. Par conséquent, ce coût doit être amorti d’une manière ou d’une autre. Un économiste doit être doué avec les chiffres et savoir analyser l’évolution macroéconomique mais ce n’est finalement que 50% du métier. Il doit être aussi un communicant talentueux qui sait intervenir dans les médias, nouer de bonnes relations avec eux, et également communiquer sa recherche aux clients et au top management. L’économiste est une fonction support à la fois du marketing (via le branding) et de la vente (via le contact direct avec les clients et les leads). Ainsi, chaque semaine, je déjeune régulièrement avec des journalistes et présente notre recherche à nos clients VIP. Dernièrement, j’ai fait une tournée de quatre semaine pour notre groupe en Europe et au Moyen-Orient pour aller à la rencontre des investisseurs en capitalisant sur l’intérêt pour l’élection présidentielle française. En banque, on est donc loin de l’image souvent véhiculée de l’économiste isolé devant son écran en train de manier des courbes. Le contact humain est essentiel dans cette profession.

Je conclurai en soulignant qu’il est important d’étoffer ses compétences afin d’évoluer au niveau de sa carrière, notamment vers le conseil et la politique. Le métier d’économiste est un métier de niche, très concurrentiel, qui finalement permet une évolution directe assez faible. Acquérir un bon réseau et des compétences de communicant peuvent aider pour le futur.

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