(2) Métier éco : Pierre Rondeau, économiste et assistant politique au Parti Socialiste

Interview de Pierre Rondeau (twitter : @Lasciencedufoot)

1 / Quel métier exercez vous actuellement ? Avez-vous une spécialité ?

Je suis actuellement au Parti Socialiste, en tant qu’économiste et assistant politique, au pôle production et répartition des richesses. Après une carrière dans l’enseignement, j’ai fait le choix de consacrer mon temps à la cause politique.

Même si je viens d’un domaine plutôt atypique, l’économie du sport (et plus précisément du football), j’ai souhaité profiter de mes connaissances et de mon expérience en science économique pour faire avancer une cause qui m’est chère.

La science économique est profondément idéologique, on ne peut pas tenir tel ou tel propos sans être profondément influencé par son habitus, par sa manière de penser, par son positionnement philosophique. Si l’on doit apporter des éléments de réponses sur les conséquences économiques de l’immigration, sur les causes du chômage et les solutions pour l’emploi, sur le dérèglement climatique ou le revenu universel, on ne peut pas être absolument neutre. En tout les cas, c’est ma conception des choses. L’économie n’est et ne peut pas être une science exacte absolument neutre, comme tend à le devenir la physique ou la médecine.

À ce titre, je m’inscris totalement en faux dans le discours récemment tenu par les deux économistes Pierre Cahuc et André Zyllberberg, suite à la publication de leur ouvrage « Le négationnisme économique ». On parle même des sciences économiques, et non de l’économie précisément. Il y a une multitude de théories, une multitude de méthodologies, de manière de faire et d’agir, et les conclusions sont aussi nombreuses que le nombre d’agents qui constituent un marché.

C’est pour cette raison que j’ai choisi de m’inscrire dans la politique, mettre au service mes connaissances, qui peuvent très certainement être biaisées idéologiquement, pour une cause, rétablir la justice sociale et l’équité économique.

À l’origine, je suis économiste du sport, j’ai été professeur à la Sports Management School et chargé de cours à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. J’ai publié 3 ouvrages sur la question (« Coût Franc, les sciences économiques expliquées par le foot », « Management Football Club » et « Pourquoi les tirs au but devraient être tirés avant la prolongation ») et j’ai traduit le livre du génie Espagnol Ignacio Palacios-Huerta (« L’économie expliquée par le foot »).

 

2/Pouvez-vous nous décrire une de vos journées de travail ?

Depuis le mois d’octobre, j’ai un bureau au siège du Parti Socialiste. Je suis chargé d’organiser des auditions avec différents experts et économistes pour le secrétariat national du Pôle, en charge de la réflexion et de la prospective intellectuelle du parti. Je rédige régulièrement des notes sur l’actualité économique et universitaire.

Je reste à l’écoute des travaux scientifiques et lis régulièrement les différentes revues académiques. Il s’agit ici d’un exercice de vulgarisation, comprendre et maîtriser les nouveaux concepts économiques pour les rendre accessible au plus grand nombre.

Depuis octobre, nous avons beaucoup travaillé sur les questions du revenu universel, du partage du travail, de la transition écologique et énergétique. Les problématiques liées à l’économie du travail et aux nouveaux rapports de force sont primordiales et terriblement intéressantes. L’objectif est de tendre vers « un futur désirable » pour la société du XXI° siècle.

Jusqu’en janvier, j’ai parallèlement continué mes missions d’enseignement à la Sports Management School, en économie et en management. L’exercice de pédagogie et de transmission m’a toujours passionné et je prends encore beaucoup de plaisir à venir donner des cours.

Autrement, j’interviens régulièrement pour les médias et la presse sur les questions d’économie du sport, ma spécialité. Je ne mélange pas les genres, le sport, et particulièrement le football, d’un côté, la politique de l’autre. Jamais je ne parle de politique quand je traite du sport ou de sport quand je parle de politique. Je conserve une totale neutralité, je suis très clair sur ce point.

 

3/ Qu’est ce qui vous plait dans ce que vous faites ? 

Pratiquement tout. La tension intellectuelle est à son paroxysme dans mon travail quotidien. Je dois être à l’affut de toutes les publications académiques, toute l’actualité économique, je dois m’intéresser à tout ce qu’il se passe dans le monde universitaire et professionnel. Je rencontre de nombreuses personnalités du champ économique et politique. C’est un travail très grisant et passionnant.

Actuellement, en période de campagne présidentiel, la construction d’argumentaires, la réponse aux questions, les rencontres avec les électeurs, tout cela est très stimulant et me renforce dans mon choix.

 

4/ Quel a été votre parcours scolaire / professionnel ?

J’ai d’abord obtenu un bac ES puis j’ai fait une prépa ENS-D2 Cachan au lycée Turgot. Ensuite une licence d’économie à l’université Paris1 Panthéon-Sorbonne, un master d’économie sociale à Paris-Dauphine et un master de philosophie économique à Paris1. Ensuite je me suis inscrit en thèse, toujours à Paris 1, en même temps que la préparation du CAPES pour être prof de lycée. J’ai enseigné pendant 4 ans, d’abord dans le secondaire puis dans le supérieur, pour terminer à Solférino. Je prépare aussi l’agrégation d’éco-gestion.

 

5/ Avez-vous des conseils pour les étudiants qui voudraient exercer le même métier que vous plus tard ?

Au niveau scolaire, il faut (oserai-je dire malheureusement) être bon en maths. L’économie s’est beaucoup formalisée ces 30 dernières années et il faut être capable de maîtriser les concepts d’économétrie, de statistiques et de probabilités. Ensuite, lire en anglais, la majorité des publications académiques sont en anglais, c’est donc un prérequis pour suivre l’actualité universitaire.

Enfin, et c’est le plus important, être curieux. Se passionner quotidiennement pour l’économie, lire tout ce qui tombe, ne pas se bloquer en se disant « ah c’est de gauche » ou « ah c’est de droite ». Être ouvert, ne pas être sectaire, s’intéresser à d’autres sciences sociales, à la sociologie, à l’histoire, à la psychologie, à l’anthropologie, etc. C’est une référence sportive mais Jérôme Alonzo, ancien gardien du Paris Saint-Germain, dans les années 2000, expliquait que « pour être bon quelque part, il faut aller voir ailleurs, maîtriser tous les gestes. Je suis gardien de foot, je vais aller pratiquer le hand pour améliorer mes réflexes, le volley pour maîtriser ma dextérité, le golf pour canaliser le stress et la pression, etc. ».

Un économiste doit connaître toutes les disciplines, c’est d’ailleurs pour cela que c’est le meilleur métier du monde.


Découvrez les derniers ouvrages de Pierre Rondeau :

Pourquoi les tirs au but devraient être tirés avant la prolongation : http://www.editionsbdl.com/fr/books/pourquoi-les-tirs-au-but-devraient-tre-tirs-avant-les-prolongations/571/ 

Coût Franc… les sciences économiques expliquées par le foot : http://livre.fnac.com/a9389784/Pierre-Rondeau-Le-cout-franc

 

 

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