A la découverte de l’Economie Sociale & Solidaire ! (Partie 3)

Bonjour à tous  🙂

Comme promis, on conclut notre dossier sur l’ESS aujourd’hui ! (Et on est tristes 🙁 )

Pour les retardataires, les parties 1 « L’ESS, une notion intérESSante mais complexe par ESSence » et 2 « ESS et transgrESSion, ou l’exprESSion d’un paradoxe illustré par la jeunESSe » sont toujours disponibles.

Ce lundi, on va tenter d’apporter un regard critique sur l’ESS. Pour rappel, on avait identifié les acteurs et les enjeux de l’ESS dans les deux parties précédentes.

En effet, il reste beaucoup à faire pour que l’ESS puisse répondre aux défis auxquels la société française est confrontée, comme elle entend le faire. Si elle apporte bien des réponses, certains éléments peuvent et doivent être discutés.

Dossier ESS, 3/3 : L’ESS en France et sa nécESSaire démocratisation

 

  1. L’ESS et la démocratie : un verre à moitié plein ou à moitié vide ?

 Un des critères d’appartenance à l’ESS est le suivant : les structures qui la composent appliquent, toutes et en interne, le principe démocratique suivant : une personne = une voix.

Ce principe est démocratique puisqu’il s’agit d’un calque du suffrage universel direct et propre à l’ESS puisque la gouvernance des entreprises classiques est liée aux actionnaires apporteurs de capitaux.

Mais revenons à la raison d’avoir choisi ce principe. En fait, les structures de l’ESS ont souhaité cette gouvernance afin de garantir l’objet social de l’entreprise. Jusqu’ici, tout va bien : les fondateurs de telle association, telle coopérative ou telle entreprise ont défini un but bien précis, qui est à sauvegarder autant que possible. Cet objet social poursuivi est ensuite connu par tous, managers, adhérents ou encore associés de la structure, que ce soit formellement par des statuts et en réunion, ou par la culture de l’entreprise véhiculée au quotidien.

Par conséquent, il faut alors s’armer de courage et de patience afin de faire bouger les lignes fixées (même très longtemps parfois) par les fondateurs. En effet, le principe une personne = une voix rend alors le dépérissement de la structure plausible, et l’adaptation de l’entreprise de l’ESS à un nouveau contexte, difficile…

Je m’explique. L’objet social, défini il y a fort longtemps, peut ne plus être en accord avec un nouveau contexte économique et social. Des changements sont alors nécessaires pour que l’entreprise de l’ESS continue son activité et profite au plus grand nombre. Mais si vous êtes le seul à cerner de nouveaux enjeux, il vous faudra alors lutter contre l’histoire de la structure, et faire basculer l’imaginaire collectif de votre côté, puisque les fondateurs ont figé un objet social qui n’est peut-être plus LA priorité actuelle.

 Alors que les sociétés commerciales sont beaucoup plus propices à des changements rapides du fait du pouvoir donné aux actionnaires (qu’ils prennent des décisions contre leurs salariés ou ne prenant pas en compte l’environnement si c’est le cas ne nous importe pas ici), les structures de l’ESS seraient, elles, ancrées dans un passé sclérosant…

Dès lors, le principe une personne = une voix présent dans l’ESS peut au final être vu comme l’obligation de respecter une seule voix, celle des fondateurs de l’entreprise. Oups : à vouloir chercher la démocratie, on finit par obtenir le totalitarisme…

ess3

2. Souhaiter répondre aux défis de la société toute entière, c’est bien, s’attaquer à ses propres challenges auparavant, c’est mieux

 Si elle est beaucoup plus connue aujourd’hui, bénéficie d’un cadre législatif et attire les étudiants des grandes écoles, l’ESS a encore beaucoup à faire ! Certes, son ambition est des plus nobles : répondre aux défis de la société française et de ses territoires, en voilà un beau but qui se doit d’être traité au plus vite. Rapidement, ce serait bien, sans griller les étapes, ce serait mieux…

D’abord, l’ESS n’est pas encore entrée dans les têtes de chacun. Par exemple, chez les jeunes, si les grandes écoles en parlent à leurs étudiants, les universités le font beaucoup moins, alors que ceux qui les composent sont autant engagés, voire plus. Un effort de promotion de l’ESS doit par conséquent encore être mené, à toutes les échelles et auprès de tous. De l’autre côté de la pyramide des âges, il faut rappeler aux seniors (majoritaires dans l’ESS) le simple fait qu’ils font partie de l’ESS, eux et leur association. Beaucoup trop de structures ne savent pas qu’elles font partie de l’ESS : une aberration quand on entend agir sur tout le territoire, et un obstacle au deuxième défi dont je vais parler tout de suite…

Ensuite, l’ESS doit être un ensemble uni, qui va dans le même sens. Si la diversité des acteurs de l’ESS est un frein à cette approche globale, il reste à l’ESS de s’affirmer sur le plan des idées. En effet, une somme faite d’associations locales agissant sur les territoires et d’entreprises solidaires, agrémentée d’acteurs financiers propres à l’ESS, ne pourrait être qu’une juxtaposition de projets. L’ESS doit donc faire entendre son projet alternatif, au service des autres, avec plus de vigueur qu’elle ne le fait aujourd’hui. Sans cela, le portage politique nécessaire à sa promotion ne pourra avoir lieu, et l’ambition que s’est fixée l’ESS ne sera plus qu’une vaste utopie…

 3. L’ESS en France : « Paris et le désert français » ?

Jean-François Gravier, géographe, avait publié, en 1947, ce qui est resté comme un best-seller dans ce domaine. Son ouvrage témoignait d’une France déséquilibrée, avec une capitale écrasante et une province ennuyante, ennuyée. L’ESS, par les projets sociétaux qu’elle porte, entend à sa manière soutenir les territoires ruraux, délaissés, qui ont besoin de moyens, et notamment dans les secteurs en tension que sont ceux de l’aide à la personne ou du service à domicile, pour ne citer qu’eux.

On voit bien que l’ESS est une économie de proximité, puisque ses acteurs sont très présents sur les territoires et œuvrent localement. Néanmoins, il faudra aussi que la législation, les gros de l’ESS et tous ceux qui prendront des décisions importantes pour l’ESS prennent en compte ces petites voix, ancrées sur les territoires et bienveillantes. Les associations sportives, culturelles, les maisons familiales rurales, les start-up de l’ESS, et peut-être plus encore les « facilitateurs » de financement de l’ESS, locaux, doivent se faire entendre auprès des grandes instances de l’ESS.

Pour ne citer qu’un exemple du manque de représentativité des petits de l’ESS, citons le Conseil National des Chambres Régionales de l’Economie Sociale et Solidaire (CNCRES). Ce conseil national est « le lieu de concertation permanente et de ressources entre ses membres : les Chambres régionales de l’économie sociale et solidaires (CRESS) » (selon le Labo de l’ESS, principal think-tank sur l’ESS).

Un des organes de décisions à propos de l’ESS, sinon le plus important, est donc constitué uniquement des membres des chambres régionales. Pour une économie qui entend œuvrer sur le plan local au quotidien, il semble qu’une autre représentativité ait été préférable.

Le risque encouru par un mouvement qui entend faire primer la démocratie et le local est d’oublier ces éléments, alors même qu’ils devraient y être défendus par tous les moyens. Quoi de mieux que de défendre l’écoute du local en l’appliquant en interne ? Si ce n’est pas encore le cas, il ne faudrait pas que l’ESS « parisienne », force de décisions, se suffise à elle-même. Entendre les Présidents des chambres régionales, voilà qui ne suffira pas. Enoncer, en guise d’excuse, que ces personnes agissent au quotidien avec des acteurs locaux, voilà qui ne suffira pas non plus. La démocratie, en politique, souffre d’une représentativité dont ne veulent plus les Français. L’ESS ne devra pas tomber dans ce piège, alors même qu’elle entend être novatrice et force de progrès.

ess4

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *