A la découverte de l’Economie Sociale & Solidaire ! (Partie 2)

Bonjour à tous  🙂

Comme promis, on continue notre dossier sur l’ESS aujourd’hui !

Pour les retardataires, la partie 1 « L’ESS, une notion intérESSante mais complexe par ESSence », est toujours disponible : ici 🙂 . Ce lundi, on passe aux principaux enjeux de l’ESS. Pour rappel, on apportera un regard critique sur cette économie bien particulière lundi prochain.

Après avoir éclairci la notion d’ESS et démontré qui pouvait, ou non, prétendre à faire partie de celle-ci, on va maintenant s’attacher à analyser les nombreux enjeux que soulève celle qui entend « placer l’humain au centre d’un nouveau mode d’entreprendre ».

Dossier ESS, 2/3 : ESS et transgrESSion, ou l’exprESSion d’un paradoxe illustré par la jeunESSe

 

  1. L’ESS est jeune, transgresse, se cherche et a besoin des plus grands que soi : bref, l’ESS est une ado comme les autres !

 

L’ESS, ou ce mode d’entreprendre différemment qui place l’humain au cœur de l’activité, est de toute évidence à la marge de l’économie classique.

Certes, bien des sociétés commerciales prennent en compte d’autres aspects que les seuls indicateurs économiques et financiers, comme leur impact environnemental et social. Mais les entreprises de l’ESS sont encore celles qui mettent le plus à mal la fameuse citation de Milton Friedman, qui date de 1970 : « The social responsability of business is to increase its profits ».

Se rapprochant de la vision de Ford (et de son idée « A business that makes nothing but money is a poor kind of business »), l’ESS est donc transgressive dans le sens où elle n’obéit pas à la loi qui régit la majorité de l’économie actuelle : celle de faire du profit, et uniquement cela.

Néanmoins, et ça ne vous aura pas échappé, de plus en plus d’entreprises ont, par exemple, une politique RSE digne de ce nom, sont à l’écoute des enjeux environnementaux, bref s’éloignent de ce schéma basique. C’est là tout le premier enjeu de l’ESS : alors que ses frontières sont floues, les sociétés commerciales se rapprochent de son modèle « humaniste ». Il s’agit donc pour l’ESS de se positionner (comme en marketing), et de s’affirmer ensuite, afin de clarifier pour qui elle entend agir (l’humain ne saurait constituer une réponse), et pour quelles raisons.

 La législation a son rôle à jouer dans cette affaire (cette fois, la « vraie » loi, pas celle économique et transgressée par l’ESS) : elle a commencé à remplir sa mission, quand au début des années 2000, des groupes d’études se sont penchés sur l’ESS, avant d’aboutir à la loi sur l’ESS de 2014, qui a clarifié qui pouvait faire partie de l’ESS (cf partie 1 du dossier). Les acteurs de l’ESS, qui ne savent souvent pas qu’ils font (partie) de l’ESS, sont les premiers demandeurs de cette clarification, qu’on peut encore trouver insuffisante.

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  1. L’ESS, cette ado qu’on doit écouter parce qu’elle a envie de s’exprimer

Le deuxième enjeu de l’ESS est pour moi le portage politique qu’on voudra bien lui offrir. Après s’être positionnée, l’ESS aura besoin d’être reconnue si elle souhaite perdurer dans le paysage économique, afin de pouvoir faire entendre son message.

Si le contexte lui est en partie favorable, il ne l’est pas totalement non plus. D’une part, et très concrètement, les préoccupations environnementales peuvent rendre plus de sociétés commerciales ESS (leur utilité sociale étant alors convenue, cf partie 1 du dossier là encore).

D’autre part, et très politiquement, les pouvoirs publics étant dans « l’obligation » de dépenser toujours moins, ce sont les associations locales qui en font très souvent les frais (8 structures de l’ESS sur 10 sont des assos, et pour les chiffres, le budget alloué aux différents postes budgétaires concernés par le monde associatif vous donneront des indications).

Enfin, l’ESS étant perçue comme un levier économique lié à l’insertion socio-professionnelle (pour simplifier cette perception : telle personne au chômage va avoir sa première expérience dans une association culturelle, afin de se rapprocher d’un premier emploi), il est évident que toutes les personnalités politiques ne favoriseront pas ce levier de la même manière en fonction de leurs opinions.

Quant à la loi Notré, elle a aussi complexifié la question de la promotion de l’ESS : la compétence économique étant depuis attribuée aux régions, alors que les politiques d’insertion sont toujours conduites par les départements, il sera difficile de se faire une place parmi ces différents acteurs…

« Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre », dit le proverbe. Celui-ci pourrait bien porter préjudice à l’ESS, surtout si elle ne prend pas soin de montrer aux politiques qu’elle n’est pas qu’une économie transgressive.

  1. Une ado qui a besoin des jeunes : rien de plus évident ! Et pourtant…

 

 Le troisième enjeu principal que soulève l’ESS (nous en verrons d’autres dans la partie 3 de ce dossier, rassurez-vous) est selon moi celui de son attractivité.

 S’il s’agit du dernier enjeu, c’est tout simplement parce qu’il dépendra énormément des deux premiers cités. Sans positionnement clair ni portage politique important, l’ESS n’attirera pas. Mais attirer qui, et comment, me demanderez-vous ?

Pour répondre à cette question, appuyons-nous sur quelques chiffres : avec 223 000 organisations employeuses, principalement dans l’économie de services, et 2,3 millions de salariés, le secteur emploie plus d’un salarié sur dix. « Sur les dix dernières années, le rythme de création d’emplois a été 4 fois plus élevé que dans l’économie traditionnelle », affirme Roger Belot, Président de la chambre française de l’ESS, qui poursuit : “Nous sommes convaincus qu’en période de crise, les entreprises de l’ESS, par leurs valeurs, représentent une véritable alternative à l’économie traditionnelle”.

Les jeunes soucieux d’une économie différente sont donc appelés au renfort.

Et les perspectives sont bonnes : 600 000 recrutements seraient réalisés d’ici à 2020 et 90 % des entrepreneurs sociaux envisagent de recruter dans les prochaines années.

Les jeunes soucieux d’avoir un emploi sont donc également appelés au renfort, ce qui pourrait faire plus de monde que pour le premier appel 😉

Pourtant, les jeunes ne sont pas les plus au courant de toute cette nouvelle économie : les cadres dirigeants des chambres régionales sont des seniors, les dirigeants des associations ne sont pas tous jeunes, et même les coopératives ou mutuelles regrettent le faible nombre de juniors dans leurs équipes…

 Si les étudiants en école de commerce commencent fortement à s’intéresser à ce secteur, il reste dommage de noter la forte présence de tous les jeunes dans des associations sportives, culturelles, en tant que bénévoles, mais leur absence quand il s’agit d’emplois salariés.

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur l’ESS, pensez aussi aux 1 726 événements qui se dérouleront à travers toute la France, que vous pourrez trouver ici : http://www.lemois-ess.org/evenements/p4.html. Et pour les dijonnais, un très lourd événement avec Michel Aglietta, Edgar Morin et bien d’autres encore aura lieu le WE qui vient. Pour tout ça, c’est par ici : https://www.journeeseconomieautrement.fr !

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