Interview de Thomas Porcher sur le TAFTA !

Thomas Porcher est docteur en économie de l’université Paris Panthéon Sorbonne, professeur associé à la PSB (Paris School of Business) et membre des economistes atterrés.

Il est un spécialiste de l’énergie et intervient très souvent dans les médias et participe à de nombreuses conférences.

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1 –  Quel est le but du TAFTA ?

TAFTA est un accord de libre-échange de nouvelle génération qui, au-delà de la diminution des droits de douane, porte sur les normes établies à l’intérieur d’un pays. Le but du traité est donc d’harmoniser un certain nombre de normes entre les Etats-Unis et l’Europe. Mais « harmonisation » est un mot trop doux, il y aura plutôt un ajustement de l’une des deux parties sur l’autre. L’histoire montre que c’est souvent le moins disant qui l’emporte.

2- Qui pourrait être le plus avantagé par ce traité ; les USA ou l’Europe ? Qui détient réellement le pouvoir ?

Sur plusieurs secteurs clés de l’économie, l’Union européenne a complètement décroché par rapport à son rival américain. Par exemple, dans le classement des dix meilleures entreprises d’électronique grand public ne figure aucune compagnie européenne contre six américaines. Idem dans l’informatique ou les services financiers, où les trois premières places sont tenues par des entreprises américaines. Enfin, le classement des dix marques les plus puissantes au monde atteste de la domination des États-Unis avec huit entreprises classées alors qu’aucune entreprise européenne n’y figure. Dans ces conditions, il faut être bien naïf pour penser que ces multinationales vont lâcher leur norme et prendre les nôtres. Elles vont faire du lobbying auprès des négociateurs pour s’imposer et il faut bien avoir en tête que celui qui prend la norme de l’autre subit des coûts d’ajustement.

Ensuite, sur tout un tas de secteurs, il peut y avoir une convergence des intérêts des multinationales pour casser des règlementations trop strictes. Prenons l’exemple de l’interdiction de la fracturation hydraulique pour exploiter le gaz de schiste en France, des compagnies concurrentes, américaines et européennes, comme Total ou Exxon, ont un intérêt commun à casser cette loi. Donc, lorsque les intérêts des multinationales sont convergents, il n’y a plus d’opposition entre Etats-Unis et Europe mais plutôt entre multinationales et citoyens.

3- Où en est-on aujourd’hui dans les négociations ?

Le 15ème round de négociations devrait débuter en Octobre mais il y a de plus en plus d’opposition aux Etats-Unis et en Europe. Matthias Fekl, secrétaire d’Etat chargé du commerce extérieur, a demandé l’arrêt des négociations. Le ministre de l’économie allemand Gabriel est assez pessimiste. Enfin, les deux principaux candidats à l’élection présidentielle américaine, D. Trump et H. Clinton, y sont plutôt opposés. Malgré tout, M. Juncker a affirmé que les négociations se poursuivraient…

4- Comment expliquer le manque de transparence dans les négociations de ce traité ?

Les négociateurs affirment que ce type de négociations ne peut pas être complètement transparent. Mais le vrai problème est que même nos élus ne peuvent pas y avoir accès, où sous des conditions extrêmement restrictives. Plusieurs parlementaires ont d’ailleurs signé une tribune pour demander plus de transparence. Au final, voilà trois ans que des négociations se déroulent sur des sujets qui nous concernent tous (alimentation, santé, droits sociaux,…) sans que nos élus soient au courant. Il aura fallu attendre les fuites de Green peace pour avoir une idée de ce qu’il y a dans ces négociations.

5- Quelles pourraient-être les conséquences de la signature de ce traité ?

La conséquence pourrait être un nivellement vers le bas des règlementations notamment dans l’alimentaire. Le coût de fabrication de la viande bovine avec hormones est 40% moins cher aux Etats-Unis, qui peut penser sérieusement que les industries agro-alimentaires ont envie de lâcher leur règlementations pour prendre les nôtres ?

Il y a également la question des tribunaux qui mettent une épée de damoclès sur la tête du législateur et offrent un moyen supplémentaire aux multinationales pour attaquer les gouvernements quand ils font des lois qui ne leur conviennent pas. Le vrai problème de ce traité est surtout qu’il ne répond en rien aux problèmes actuels, et risquent même de les aggraver. Par exemple, il ne prend pas en compte la question du réchauffement climatique.

6- Croyez vous vraiment à la signature de ce traité ?

Avec les élections en France, Le calendrier électoral joue contre le calendrier des négociations. Maintenant, la capacité de la commission européenne a être une machine bureaucratique et anti-démocratique appelle à la vigilance.

Un grand merci à Thomas Porcher qui a accepté de répondre à mes questions ! 

N’hésitez pas à le suivre sur twitter : @PorcherThomas !


  

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