CR conf : Quel fédéralisme européen ? Printemps de l’économie.

La conférence est organisée en deux parties : dans la première partie un bilan est réalisé afin de montrer qui ne marche pas actuellement et pourquoi. Dans la seconde partie sont présentées les possibles solutions à ces différents problèmes.

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Avec  Agnès Bénassy-Quéré, Sylvie Goulard, Patrick Artus et Philippe Escande.

I) Le constat : 

P. Artus tient à présenter les raisons profondes de l’échec de l’euro. Il explique qu’il est important de dire que nous parlons des problèmes de l’Europe mais qu’il ne faut pas oublier que nous avons créé une sous catégorie : la zone euro. Il faudrait aussi avoir un débat sur cette question : il y a des pays qui ne sont pas dans la zone euro et cela peut poser problème.

Pour appréhender le problème de l’Europe, il faut partir d’une idée fausse qui a été souvent défendue et mise en avant : lorsque nous sommes dans une union monétaire et économique avec une libre circulation et avec une même monnaie : les pays deviennent semblables. Mais cette idée est absurde en réalité ;  on sait avec la théorie et l’observation des faits que lorsqu’on a la même monnaie, on a des économies qui deviennent de plus en plus différentes car du moment où nous n’avons plus de taux de change et que tout peut circuler : les entreprises s’implantent là où cela est le plus efficace. En effet, les pays vont profiter de leurs avantages comparatifs (maintenant on peut faire fabriquer en Slovaquie des voitures qui vont être vendues au Portugal).  Les pays se sont spécialisés soit dans l’industrie soit dans les services, mais cela est tout à fait normal que des pays se spécialisent. Si on prend deux pays  qui sont semblables et que nous leur donnons  la même monnaie : 10 ans après il ne sont plus les mêmes.

Il est important de préciser aussi qu’il y a une « bonne hétérogénéité » et une « mauvaise hétérogénéité » entre les pays. La première viendrait d’une spécialisation productive différente alors que la seconde  serait la conséquence de mauvaises politiques :  par exemple lorsqu’un pays est mal géré économiquement parlant.

Le point de vue allemand est qu’il faudrait d’avantage de règles et qu’il faudrait plus les respecter. Mais selon P. Artus, si on multiplie les règles, on va empêcher les pays de se différencier : c’est absurde. En effet, il ne faut pas les empêcher de devenir différents dans la mesure où cela reflète ce dans quoi les pays sont les meilleurs.

Donc, le problème de l’Europe est : comment faire pour avoir la même monnaie si les pays sont spontanément différents. Certains se spécialisent dans les activités sophistiquées tandis que d’autres se spécialisent dans des activités moins sophistiquées : il est normal qu’on observe des différences de niveaux de vie ( si on ne se sert pas du crédit pour cacher ceux-ci). Fondamentalement, l’avantage de cette monnaie unique est qu’elle a permis aux pays de s’endetter.

Mais alors comment peut-on expliquer cette hallucination collective sur Maastricht ? On le vote et ce n’est qu’après que l’on se réveille ?

 

Agnès Bénassy-Quéré explique pourquoi la construction Maastrichtienne a échoué. L’idée de départ était de dire que les cycles d’activité de la zone euro étaient très corrélés et donc que les besoins en termes de politique monétaire étaient symétriques. Cela impliquait que la BCE allait monter ses taux ou les baisser en fonction de la bonne ou mauvaise situation d’un pays et que si un pays allait mal il y aurait le budget national qui pourrait permettre de stabiliser l’économie (dépenser quand les choses vont mal et recréer  des excédents lorsque les choses vont bien). Puis il y avait le pacte de stabilité pour amener les économies au même point, il y avait donc aussi l’idée que les pays allaient se coordonner au niveau des politiques économiques.

Mais alors qu’est ce qui n’a pas marché ? A peu près tout. La BCE est impuissante à assurer la gestion de la politique monétaire : l’inflation à 0% est bien loin des 2% souhaités, le pacte de stabilité a été violé par un certains nombres de pays et n’a pas fonctionné et enfin les politiques budgétaires se sont révelées déstabilisantes (expansion budgétaire quand tout allait bien et donc plus de marge de manœuvre quand ça allait mal).

En Allemagne, il y a toujours l’idée que la solution est un Maastricht 2.0 et qu’il faut respecter les règles et responsabiliser les états. Il faut en effet le faire mais si on ne fait rien à côté ce sera un nouvel échec.

Mais ce sont les décisions politiques qui étaient mauvaises ? Qu’est ce qui n’a pas fonctionné sur le plan politique ?

Selon Sylvie Goulard il faut se placer à un niveau différent. Selon elle, on a tenté une expérience fédérale, on a tenté de mettre en place quelque chose de très complexe avec quelques caractéristiques fédérales ( pour la BCE par exemple) mais de l’autre côté on a considéré que les états allaient chacun contribuer à la réussite de l’ensemble.  Il est très difficile d’avoir un jugement en disant que cela a marché ou que cela n’a pas marché.

Le traité, nous l’avons tous accepté : les allemands avaient une monnaie dominante  et nous avons voulu pour des raisons politiques faire une monnaie unique mais nous n’avons pas mesuré en France  ce que cela représentait réellement. C’est une des raisons pour lesquelles les allemands considèrent que nous avons pris des engagements et que si l’on accepte pas de faire les  efforts nécessaires on n’arrivera pas à trouver des solutions.

Selon S. Goulard tout le monde est un peu coupable : on a construit un système dont nous n’avons pas respecté la logique, il y a deux points de vue là dessus :

1) le projet européen ne marche pas car nous n’avons pas respecté les règles

2) ce sont les règles qui posent problème : elles ne sont pas bonnes

On entend souvent « on nous a trompé » mais S. Goulard pense plutôt que NOUS nous sommes trompés : les personnes qui ont fait Maastricht ne voulaient pas nous piéger, elles croyaient en leur projet. Aussi, il est-il important de préciser que lorsque Maastricht a été mis en place il n’y avait pas eu la révolution technologique, pas la concurrence qu’il y a aujourd’hui ( ex : la montée en puissance de l’Allemagne). La création de la monnaie unique avait bien plus de sens quand on échangeait entre nous plutôt qu’avec tout le reste du monde.

Cependant, la zone euro a un vrai problème stratégique, elle n’arrive pas à voir si dans nos gouvernements, les politiques ont pris la mesure du changement d’échelle : l’euro avait pour but d’amener une coopération économique et politique plus poussée et on a tendance à oublier ce qui a été fait pendant la crise. En effet, des signaux cohérents par rapport au projet de l’euro ont existé mais dans le même temps les ministres envoient des signaux incohérents ( cf : « la France prend ses décisions seule »).

Enfin, si l’on raisonne de manière agrégée, il n’est pas grave que les pays se spécialisent mais dans ce cas là il faut que l’on forme les jeunes à bouger dans les différents pays , alors que pour l’instant les politiques sont nationales et cela créer un décalage !

Mme Bénassy-Quéré, vous présidez un centre de réflexion au service de l’Etat rattaché au premier ministre et P. Artus nous dit que que tout le monde pouvait prévoir cet échec, n’y a t-il pas alors une responsabilité des économistes dans l’échec de la monnaie unique ? 

Selon A. Bénassy-Quéré, il y a des choses qui avaient été dites par les économistes et qui n’ont pas été prises au sérieux par les politiques ( par exemple le risque de l’endettement public). En revanche, ce qui n’avait pas été vu était que la monnaie n’était pas créée par la BCE mais par les banques de second rang.

P. Artus intervient en précisant que de nombreux économistes avaient alerté sur un problème appelé «  choc asymétrique » qui désigne la situation ou un pays se trouve en expansion pendant qu’un autre est en récession. Mais en fait, cela n’est pas le plus important : ce n’est pas un problème de cycle mais un problème de structure. Donc les problèmes ne viennent pas des chocs mais malheureusement c’est ce sur quoi les économistes ont réfléchi.

 Pour revenir sur le terme de « Maastricht 2.0 », n’a  t-il pas déjà été  mis en place ? Par exemple avec le mécanisme européen de stabilité …

A. Bénassy-Quéré explique que le mécanisme européen de stabilité est un fond qui est venu au secours de différents pays (par exemple le Portugal) avec un certain succès mais cela n’est pas dans l’esprit M 2.0. En effet, les Allemands  ont toujours tenu à la règle de « non renflouement » : un état qui n’arrive pas à refinancer sa dette publique doit réunir ses créanciers et restructurer sa dette.

Selon P. Artus il ne faudrait pas rajouter des règles communes mais il faudrait plutôt un mouvement vers le fédéralisme. La version allemande de la solution ( plus de règles ) est absurde, faire cela revient à appauvrir les pays pour qu’ils puissent revenir sur le droit chemin !  

S. Goulard explique que le vrai problème que nous affrontons aujourd’hui est un problème de confiance ! Il y a une dérive technocratique mais c’est ce n’est aussi pas honnête de rejeter la faute sur les fonctionnaires.

Les solutions possibles : 

Pour P. Artus, il faut maintenant que l’excèdent d’épargne en Allemagne serve à prêter aux pays qui en ont besoin dans l’Europe. Même si on corrige tout ce qui ne va pas aujourd’hui, il resterait une très grosse majorité du problème : c’est que l’unification monétaire est une chose qui fait diverger les niveaux de vie.  Pour corriger ces différences de revenus il faudra faire un transfert : des pays riches vers les pays les plus pauvres et donc avancer vers le fédéralisme. Mais attention, il ne faut pas faire de fédéralisme contra-cyclique mais plutôt un fédéralisme structurel !

Selon A. Bénassy-Quéré il faut tout d’abord prôner la coordination des politiques économiques et donc coordonner les politiques budgétaires. On a plutôt réussi à le faire en 2009 mais en 2012 et en 2013 chacun a réalisé des ajustements comme il le voulait.

Il faut aussi trouver d’autres solutions qui amènent des changements dans  la vie concrète des citoyens.  Par exemple, on peut développer quelque chose qui améliore la cohésion sociale : par exemple créer  le « chèque formation » : recevoir un chèque formation après 1 an de chômage que utilisable  dans n’importe quel pays.

Il faut réfléchir sur 3 piliers :

1)  la responsabilité budgétaire des états + finir l’union bancaire

2) convergence et stabilisation macroéconomique + politique de croissance.

3) Je n’ai pas le 3ème 🙁

Est ce que la réponse peut être politique ? Comment faire ?

 

Il y a une différence entre la définition du fédéralisme française et allemande. La définition allemande dit que le fédéralisme consiste à insister sur les entités fédérées : c’est un système d’organisation de pouvoir politique dans lequel on organise la mise en commun de certaines compétences tout en considérant que les états conservent une partie de leur pouvoir. Du côté français le fédéralisme est une manière de « mettre plein de choses en commun ». Mais en réalité personne ne peut répondre à la question « êtes-vous pour ou contre une Europe  fédérale? » 

Aussi, la question fédérale doit être prise avec plus de légèreté. Selon S. Goulard, la violence des mouvements europhobes vient du fait qu’on ne propose rien en face car les gouvernements font un pas vers l’union bancaire et un autre dans le sens arrière.

Donc ce qu’il faut, c’est élaborer un système qui soit à la fin, profondément européen. Il faut qu’il y ait la possibilité pour les citoyens de choisir leur exécutif : il faut que les élus aient le sentiment d’avoir été choisis. En réalité nous avons peur d’un concept et comme nous avons peur nous ne faisons pas ce qu’il faut.

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