(Bref) CR de la conférence avec P. Askenazy à NEOMA BS

Le mardi 05 avril, Philippe Askenazy, directeur de recherches au CNRS, membre des économistes atterrés, économiste à l’école d’économie de Paris et auteur de l’ouvrage « Tous rentiers ! Pour une autre répartition des richesses » aux éditions Odile Jacob était l’invité de la tribune étudiante de NEOMA Business School Des mots et débats.

CONF Askenazy

Salaires, inégalités, flexibilisation :

Aujourd’hui nous avons tendance à rendre normales les différences de salaire entre les travailleurs, ou tout du moins penser que celle ci le sont. Ces différences de salaire seraient naturelles, elles reflèteraient la productivité des travailleurs. Mais cette répartition n’est pas naturelle et le livre de P. Askenazy l’explique.

Pourquoi la flexibilisation du travail n’est pas une solution pour lutter contre le chômage ?

Concernant la flexibilisation sur  les contrats de travail, celle ci augmente les flux dans deux sens : les embauches et les licenciements. Cependant, le résultat à la fin est négatif car cela ne permet pas de diminuer le chômage. De plus, il faut penser aux coûts engendrés par cette augmentation des flux. La question de la réduction du chômage par la flexibilisation du travail doit alors être bien réfléchie : elle pourrait se faire au détriment d’autres facteurs.

On entend  aussi souvent dire que dans les autres pays cette flexibilisation marche (en Italie, en Espagne…) mais nous faisons une lecture de l’actualité étrangère biaisée et nous avons tendance à oublier les points négatifs.  Il faut rappeler ce qui se passe en Espagne et en Italie : il y a un exode massif de jeunes espagnols, de lourdes difficultés italiennes … Et puis il faut préciser que M.Renzi a changé le droit de licenciement pour le rapprocher du droit français ( autoriser l’indemnisation et ne plus rendre le replacement obligatoire) et a décidé de subventionner massivement le CDI.

Enfin, l’économie italienne et  l’économie espagnole ne sont pas structurellement les mêmes que l’économie française : il n’y a pas de comparaison à faire.Il est possible de prendre un autre exemple : celui du Japon où la flexibilisation n’a fait qu’entretenir la spirale déflationniste. Aujourd’hui, le gouvernement augmente plutôt le SMIC et rigidifie le code du travail. C’est au nom d’une idéologie française que l’on continue à porter des idées absurdes.

En ce qui concerne la baisse de la syndicalisation que P. Askenazy évoque dans son ouvrage, il explique  que l’augmentation de la flexibilisation a ou / aura pour conséquence de tuer le syndicalisme : avec des effectifs qui tournent souvent, des horaires décalées : les possibilités d’organisation syndicale sont de plus en plus limitées.

Pluralisme en économie

P. Askenazy rappelle que le mouvement  des économistes atterrés est né de la crise grecque et de la réponse européenne drastique adressée à la Grèce. A ce moment là, une grande partie des économistes ne voulaient pas prendre position dans le débat et les économistes atterrés ont voulu prendre part à ce débat.

Selon lui, il y a un réel pluralisme en économie, il n’est juste pas assez visible car un beaucoup  d’économistes considèrent qu’il ne faut pas prendre position dans les débats publics. Aussi, il ne faut pas stigmatiser ce manque ( ou pas ) de pluralisme dans la discipline économique car d’autres discipline le sont encore moins !

Enfin, il faut faire attention à l’instrumentalisation des économistes par les politiques, et de toute façon les politiques n’écoutent que ceux qu’ils ont envie d’écouter afin de « légitimer d’un vernis scientifique » leurs décisions.

Au sujet des Panama Papers :

Il y a l’existence d’un discours qui justifie le  scandale des PP  par une fiscalité française qui serait confiscatoire. Or ce scandale n’est pas corrélé avec le fait que la France ait une fiscalité stricte. Les belges ont tout autant placé leur argent dans des paradis fiscaux alors qu’ils ont une fiscalité différente de la notre.  Lorsqu’on regarde bien, on voit peu d’américains, la raison semble plutôt simple : la fraude fiscale est punie au pénal aux USA ( par des peines de prison par exemple) alors qu’elle n’est pas punie de la sorte en Europe. En France, on se sert du pénal pour les délinquant mineurs, les syndicalistes mais pas pour les fraudeurs fiscaux. Il y a une sorte de refus juridique et politique de franchir ce stade.

Il y a vraiment un problème au niveau de la justice française sur ce point, en France,  il y a une espèce d’idéologie qui veut combattre durement le crime matériel (casseur, etc) mais pas moral (responsable dégâts amiante, fraude fiscale …)

portrait aské

                                                                                     Portrait réalisé par Dariouche

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