Les marchés financiers sans foi ni loi ? D. Allouche & I. Prigent

Bonjour à tous,

Aujourd’hui je vais vous parler du livre  Les marchés financiers sans foi ni loi  de David Allouche & Isabelle Prigent.   Dans cet ouvrage, les auteurs  expliquent comment fonctionnent les marchés financiers et quel est le rôle des différents acteurs qui s’y trouvent  : les banques, les entreprises, les Etats, les institutions financières ect.

Lorsqu’on voit le titre de ce livre on a tendance à penser qu’il s‘agit d’un énième livre centré seulement sur les dérives de la finance, et bien non car les auteurs rappellent aussi  quel est le « rôle positif » des marchés financiers.

Comme à mon habitude, je vais vous faire un petit CR du livre accompagné de quelques extraits pour vous donner une vue d’ensemble 🙂

 

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Dans cet ouvrage, les auteurs effectuent un constat : les marchés financiers prennent beaucoup de place dans le débat public et de très nombreuses personnes les condamnent sans vraiment savoir pourquoi, tout simplement par facilité.

«La condamnation pure et simple des MF constitue un raccourci confortable que beaucoup n’hésitent pas à emprunter».

Mais peut-on réellement souhaiter la disparition des marchés financier ? Ne sont-ils pas utiles ?

Selon les auteurs, il ne faudrait pas éviter le débat et condamner tout de suite les marchés financiers. Il est venu le temps de dégager les grandes failles et les grands progrès possibles dans la finance.

«Récuser les marchés au nom de la morale stérilise le débat»

De plus nous avons tendance selon D. Allouche et I. Prigent à moraliser la finance alors qu’il ne faudrait pas faire cette erreur ! La finance est, selon eux, amorale. Ils expliquent d’où vient le rapport des français avec l’argent et les banques en faisant une parenthèse historique (ex discours religieux catholique / interdiction du prêt ect).

La peur des marchés financiers ne serait qu’une «erreur d’interprétation collective», peur pouvant être  notamment influencée par les nombreux films montrant les mauvais comportements des banquiers comme « Le loup de Wall Street » ect.

De plus, c’est plutôt le court-termisme qui porte en lui les dangers de la déstabilisation du système, alors qu’il faudrait se situer dans une perspective de long-terme pour envisager une contribution positive des MF.

«Dans leur rôle de financement des entreprises et de Etats, les marchés peuvent clairement contribuer à orienter des ressources financières vers l’économie et la construction de l’avenir»

Attention ! Ici les auteurs ne disent pas que le raisonnement sur le long terme est majoritairement présent sur les marchés financiers, loin de là ! Il faudrait justement trouver les moyens de provoquer les comportements de long terme et de décourager les comportements de court terme.

De plus, les auteurs expliquent que les personnes qui déterminent les règles sur les marchés financiers (les politiques & les régulateurs) ont leur part de responsabilité dans les dérives de la finance. En effet, la gestion des risques doit être encadrée afin d’éviter une trop grande concentration des risques sur une seule & même personne ou un petit nombre d’investisseurs «qui ne seraient pas à même de les gérer».  Cependant, les régulateurs ne font pas tout !

«La régulation est un pilier essentiel du bon fonctionnement des marchés financiers (…) mais elle ne fait pas tout : il existera toujours des mailles dans le filet et des stratégies de contournement».

Les auteurs répondent donc dans ce livre à la question «à quoi servent les marchés financiers ?» vous lirez alors qu’ils servent à financer l’économie et à diriger les fonds aux «actes jugés comme prometteur», et c’est en cela qu’ils joueraient un rôle très important dans la croissance ! Et d’autres choses encore… je ne vais pas tout vous dévoiler.

Aussi, ils nous éclairent  sur la nature des investissements français :  en effet, les français seraient « des champions de l’épargne mais de mauvais financiers », l’épargne des français serait une des plus élevées d’Europe (taux d’S de 15,20% du revenu disponible brut en 2012). Selon les auteurs, les français se méfient beaucoup des marchés financiers:

«Si 70 % de la population française sait qu’en diversifiant ses placements en Bourse, on peut limiter les risques, 80% reconnaissent mal s’y connaître dans le domaine des placements financiers. Le sentiment d’incompréhension a même progressé de 7 points depuis 2004»

« On considère qu’environ 30% du financement des entreprises européennes passent par le marché, alors que pour les entreprises américaines, le marché représente 70% des financements »

De plus, les français préféreraient (et cela depuis longtemps) les placements peu risqués et les «actifs tangibles» de plus «au royaume de l’épargne française, l’immobiliser est roi», ce qui est assez étrange car l’immobilier n’est pas sans risque (ex : bulles) et ne produit pas forcément une énorme rentabilité sur le long terme. La part des actions détenue par les français n’est pas élevée :

«La structure du patrimoine financier des français repose seulement sur 18% d’actions»

En plus de nous apporter des précisions sur la structure du patrimoine financier français les auteurs nous apportent des précisions sur la structure du patrimoine financier mondial et expliquent que « l’industrie des fonds occupe une place centrale dans l’économie mondiale et recouvre des réalités multiples ». Ce sont les fonds d’investissement collectifs, les fonds d’assurance & les fonds de pension qui seraient plus nombreux, ces derniers seraient beaucoup plus importants aux EU qu’en Europe.

Toujours dans une démarche très pédagogique, les auteurs expliquent comment certains marchés fonctionnent, par exemple les marchés des dérivés permettent aux individus de gérer les risques liés aux fluctuations de taux de changes et de taux d’intérêt, c’est très bien expliqué. Tout cela en ne négligeant pas leurs aspects négatifs si ils ne sont pas gérer convenablement (bref, à lire).

«Les MD sont li lieu où s’échangent les différents risques financiers. Ce marché permet une nouvelle allocation des risques où chaque acteur, selon sa stratégie, peut couvrir un risque ou prendre un risque».

Après cela, les auteurs expliquent le but de la régulation, quelles ont été les grandes évolutions (en France & en Europe : ex bâle III ou le Total Loss Absorbing capacity qui sera normalement mis en place en 2019) et montre quelles sont les sanctions des régulateurs en illustrant avec différents montants d’amendes réclamées à des agences par ex.

«Réguler, contrôler et taxer les acteurs des marchés est une mission dont les contours doivent être clairement dessinés afin de ne pas entrer dans une guerre morale.»

Selon eux, la régulation a eu des effets positifs (ex : réduction du risque systémique sur les MF, enrichissement de la régulation microprudentielle, redéfinition d’une politique dite macroprudentielle..) cependant il reste beaucoup de progrès à faire, notamment en terme de coopération entre les organismes de régulation nationaux afin de pouvoir réguler internationalement.

Dans le dernier chapitre, les auteurs abordent «une approche plus responsable » de la finance, c’est à dire qu’ils montrent les « différentes modalités à travers lesquelles les investisseurs, les individus ou institutions, peuvent exercer leur responsabilité en se faisant acteur de l’économie». Mais je ne vais pas vous dévoiler ces modalités, à vous de les découvrir en lisant cet ouvrage….

Mes impressions :

  • Comme précisé au début de l’article, les auteurs montrent le rôle positif des marchés financiers et j’aime trouver ce rappel dans un livre sur la finance, on a tendance à oublier leur rôle positif à force de lire des ouvrages qui dénoncent leurs mauvaises actions.

  • C’est un livre pédagogique, les mécanismes sont très bien expliqués : pour les étudiants qui s’intéressent à la finance, c’est un bon livre pour mieux l’appréhender et en comprendre « les bases ».

  • Il est plutôt court (126 pages), il se lit vite donc pour un étudiant c’est plutôt sympa ! On ne se lasse pas.

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