CRISE FINANCIERE Pourquoi les gouvernements ne font rien? (2013)

Ce qui est original dans cet ouvrage c’est que Jean michel Naulot est un ancien banquier, membre du du collège de l’autorité des marchés financiers (AMF) de 2003 à 2013 qui vient dénoncer les activités dangereuses de la finance! On peut se dire alors que c’est une bonne chose, car qui pourrait mieux parler de ce sujet qu’un banquier? Ce peut être une bonne façon d’être « au plus près de la réalité »:  il a lui même réaliser la plupart des activités dont il parle dans son ouvrage.

« Conaissant bien la finance pour y avoir évolué pendant près d’une quarantaine d’années, souvent saisi par l’angoisse d’un monde désormais totalement livré aux forces du marché, sans retenue et sans limites, parfois découragé comme régulateur de constater l’écart entre les efforts de réforme et les dérives avérées ou potentielles vertigineuses, l’idée m’est venue de rédiger ce modeste opuscule en pensant non pas, pour une fois aux professionnels de la finance, ni même aux régulateurs et aux responsables politiques mais aux citoyens »

Cet ouvrage est divisé en 4 chapitres :

  • Un constat accablant, l’effacement du politique devant les puissances d’argent
  • Le vertige des déficits occidentaux, le problème est d’abord aux EU
  • La crise de l’euro, sortir de l’idéologie ( j’ai été déçue par ses propositions, + de féralisme ou..)
  • Des réformes simples et décisives, comment maitriser la spéculation et mieux distribuer le crédit.

Ce qui est bien dans ce livre c’est que l’argumentation est toujours accompagnée de données chiffrées et précises, mais attention je trouve qu’il rend du coup l’ouvrage un peu complexe pour des personnes qui ne s’y conaissent pas beaucoup en finance. Il y a beaucoup de termes techniques et données, ce qui donne un peu de lourdeur aux chapitres, mais ATTENTION, je pense que c’est aussi une preuve du sérieux des propos avancés par l’auteur.

Volontairement, je ne vais évoquer que deux chapitres, parce qu’ils m’ont intéressée plus que les autres et parce qu’ils ont un rapport avec un livre précédement évoqué dans ce blog: BLABLABANQUE Le discours de l’inaction de Jézabel Couppey-Soubeyran.

Dans le premier chapitre l’auteur fait  remarquer qu’il existe des grands éxcès dans la finance comme : des innovations financières détournées de leur but initial, des crises financières ruineuses pour les citoyens. Jean Michel Naulot fait alors un constat  glaçant sur la finance, ce constat en comporte en réalité 8 différents et « ils ne sont que l’observation du mode de fonctionnement d’un système qui conduit aux excès qui viennent d’être décrits ».

Un de ces constats est par exemple: L’acceptation de la dictature des marchés plutôt que la neutralisation de la centrale nucléaire financière:  Il explique qu’on prend conscience / que l’on veut bien prendre conscience de la dictature des marchés que lorsque ceux ci s’éffondrent mais que nous ne voyons rien lorsque ceux ci prospèrent. De plus, il explique que lorsqu’une crise  se déclare les gouvernements accusent le coup, alors qu’ils savaient très bien ce qu’il se passait et qu’ils ont juste fermé les yeux. 

« Les politiques semblent absolument tétanisés par ces marchés dont ils ne connaissent pas toujours les règles de fonctionnement et auxquels ils ne s’intéressent que lorsque les choses vont mal ».

« Les marchés occupent la place qu’ont bien voulu leur laisser les politiques, quelquefois par indifférence, le plus souvent par un soutien actif, comme ce fut le cas pendant la grande vague de réréglementation ».

Un autre constat est : le souci de compétitivité de la place financière nationale plutôt que la maitrise du risque systémique : selon l’auteur, l’arguement de la compétitivité d’une place financière est ce qui détournerait les dirigeants des réformes dans la finance.

 « L’industrie financière nationale avait naturellement beau jeu de faire valoir qu’il n’y avait aucune marge de manoeuvre pour durcir les textes puisque tout écart avec les pratiques anglaises risquait de porter atteinte à la compétivité en place.(..)Le risque aurait été trop grand de détourner les capitaux vers une place voisine »

Un constat alarmant: La navette entre secteur privé/public et le lobby toujours plus fort 

L’auteur évoque aussi le passage de dirigeants de banques d’affaires à des postes de régulateurs et les conflits dintérêts que ça peut provoquer, cela est aussi évoqué dans l’ouvrage BLABLABANQUE Le discours de l’inaction avec les « révolving doors ».  En plus de ce phénomène de navette entre le secteur privé et le secteur public, l’auteur explique qu’il existe un fort lobby bancaire et qu’il a de forts effets sur certains politiciens.

« Certains politiciens se laissent tout bonnement acheter, que ce soit par le biais de contributions à leur campagne ou de pots-de-vin personnels »

Dans le dernier chapitre Jean Michel Naulot explique quelles sont les grandes menaces qui pèsent sur le monde de la finance et quelles sont les réformes « simples et décisives » qui doivent  être mises en place selon lui. Pour chaque menace/ problème vous pourrez trouver une argumentation précise (le plus généralement chiffrée) visant à montrer comment cet élément peut être dangereux dans notre économie/ quel rôle il a auparavant joué dans la crise de 2007.

« Si l’on veut éviter une nouvelle crise systèmique à brève échéance, il est indispensable de réaliser quelques réformes clés. Le survol qui suit va tenter de montrer que, contrairement à ce que l’on croit souvent, les solutions sont simples »

Je ne vais pas tout citer puisqu’il en aborde beaucoup mais il explique comment les dérivés jouent un rôle majeur dans l’activité spéculative : 

 

« Ces opérations traitées de gré à gré de manière bilatérale impliquent en effet une prise de risque très importante tenant à la défaillance éventuelle de l’entité avec laquelle la transaction est faite, à l’absence de liquidité et à l’absence de transparence vis-à-vis des régulateurs sur des produits parfois très complexes »

Mais aussi la difficulté d’évaluer l’importance du Shadow banking:

« Evaluer son importance n’est pas un exercice facile par définition. Elle recouvre des activités non régulées et d’autres activités qui le sont faiblement. Elle recouvre quelques activités illégales et un très grand nombre d’activités parfaitement légales mais mal connues »

La capacité des hedges funds à propager le risque systèmique et leur importance post-crise :

« Les HF gardent aujourd’hui les mêmes caractéristiques qu’avant la crise: des objectifs de superformance, des prises de risque souvent très élevées, l’absence de transparence sur leurs opérations, le retournement rapide des stratégies, le recours aux techniques les plus sophistiquées, la domiciliation presque systématique dans les paradis fiscaux… »

La liste est longue, vous pourrez trouver le reste dans son ouvrage, je ne vais pas tout dévoiler 🙂

J’ai donc trouvé cet ouvrage intéressant, même si il date de 2013 on se rend compte en faisant le lien avec des livres sur les dérives de la finance récents que très peu de choses ont changé, le constat est toujours aussi alarmant deux ans après. J’ai aimé aussi le fait que le but de l’auteur était que les citoyens s’approprient le débat sur la finance. Il n’est pas péssimiste puisqu’il propose des solutions qui pourraient être mises en oeuvres par les gouvernements. Par contre, l’auteur m’a un peu perdue sur des termes trop techniques.

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